La Gen Z boit moins ? Non. Elle a juste moins d'argent.
    Analyse

    La Gen Z boit moins ? Non. Elle a juste moins d'argent.

    Hugo Bomont · 24 mars 2026 · 4 min de lecture

    Depuis quelques années, un discours revient en boucle : la Gen Z boit moins parce qu'elle est plus soucieuse de sa santé. Moins d'alcool, plus de sport, plus de bien-être. Une génération plus "clean", plus consciente, presque en rupture avec les habitudes des générations précédentes.

    Sur le papier, c'est séduisant. Dans les faits, c'est largement exagéré.

    Et ce n'est pas une opinion isolée.

    Le CEO de Diageo — le plus grand groupe de spiritueux au monde — a lui-même pris position sur le sujet. Son analyse est simple, presque brutale :

    La Gen Z n'a pas moins envie de consommer. Elle a juste moins les moyens.

    Le vrai facteur : le pouvoir d'achat

    Pour comprendre ce phénomène, il faut sortir du narratif "santé" et regarder les fondamentaux économiques.

    Aujourd'hui, un jeune de 20 à 30 ans fait face à une réalité bien différente de celle des générations précédentes :

  1. Des loyers en forte hausse
  2. Un coût de la vie globalement plus élevé
  3. Des salaires qui stagnent en début de carrière
  4. Une précarité plus importante
  5. Moins de stabilité financière
  6. Résultat : le budget discrétionnaire — celui qui sert à sortir, consommer, profiter — est fortement réduit.

    Et c'est là que tout s'explique. Quand tu n'as pas d'argent, tu coupes en priorité ce qui n'est pas essentiel : les sorties, les restaurants, les bars, les bouteilles premium.

    Pas parce que tu veux être "healthy". Parce que tu dois arbitrer.

    Moins de sorties = moins d'alcool

    Un point clé souvent oublié : la consommation d'alcool est profondément liée au contexte social.

    On ne boit pas uniquement pour le produit. On boit pour sortir, célébrer, rencontrer, partager.

    Or, la Gen Z sort moins. Non pas par choix idéologique, mais par contrainte économique. Moins de soirées signifie moins d'occasions de consommer. C'est un effet mécanique.

    Les données racontent une autre histoire

    Si la baisse de consommation était réellement culturelle, elle serait durable, indépendamment des revenus.

    Mais ce n'est pas ce que montrent les données publiées par des acteurs comme Liv-ex ou Wine Spectator.

    Dès que le pouvoir d'achat augmente :

  7. la consommation repart
  8. les achats premium reviennent
  9. les habitudes se rapprochent des générations précédentes
  10. Ce phénomène est classique. C'est ce qu'on appelle un **effet d'âge et de revenu**, pas un changement structurel.

    Autrement dit : la Gen Z d'aujourd'hui ressemble à toutes les générations… au même âge.

    Une erreur d'interprétation du marché

    Là où ça devient intéressant, c'est au niveau des marchés.

    Beaucoup d'acteurs interprètent cette baisse de consommation comme une transformation profonde et durable : "Les jeunes ne boiront plus", "Le marché de l'alcool va décliner", "Les spiritueux sont en perte de vitesse".

    Conséquence : certains actifs liés à l'alcool — vins, spiritueux, maisons prestigieuses — peuvent être sous-évalués. Non pas parce que la demande disparaît, mais parce que la perception est biaisée.

    Ce phénomène rappelle d'ailleurs les dynamiques observées sur le marché du vin face à l'immobilier : des actifs tangibles dont la valeur est parfois décorrélée des narratifs dominants.

    Une vision court terme sur un marché long terme

    Le problème, c'est que le marché raisonne souvent à court terme.

    Une baisse temporaire de la consommation devient une tendance structurelle dans les esprits. Alors que la réalité est beaucoup plus simple :

    La demande mondiale pour les vins et spiritueux n'a pas disparu. Elle est simplement ralentie par des contraintes économiques. Elle reviendra avec l'évolution des revenus.

    C'est déjà visible dans plusieurs régions du monde, notamment là où le pouvoir d'achat progresse.

    Ce que les investisseurs intelligents comprennent

    C'est précisément dans ce type de situation que se créent les meilleures opportunités.

    Quand le marché panique, quand les narratifs sont erronés, quand les actifs sont décotés — ceux qui prennent du recul peuvent construire des positions solides.

    Comprendre que la demande long terme reste intacte, que la baisse actuelle est conjoncturelle, et que le retour à la normale est une question de temps, c'est changer complètement de lecture.

    Pour ceux qui cherchent à diversifier leur patrimoine, cette fenêtre est particulièrement intéressante. Elle permet de se positionner sur des actifs tangibles — vins de Bordeaux, Bourgogne, ou encore whiskys écossais — à des valorisations potentiellement sous-estimées.

    Une fenêtre d'opportunité

    Si la majorité pense que "la Gen Z ne boira plus", elle sous-estime la réalité économique. Et c'est là que se crée une fenêtre.

    Entrer aujourd'hui sur certains actifs, c'est potentiellement :

  11. profiter de prix sous-estimés
  12. anticiper un retour de la demande
  13. se positionner avant le consensus
  14. Mais à une condition : avoir une vision long terme. Comme le rappelle notre analyse sur la construction d'un portefeuille vinicole en 2025, la patience et la méthode restent les clés.

    Le vrai signal derrière le bruit

    Ce débat autour de la Gen Z est révélateur d'un biais fréquent : on confond comportement contraint et changement culturel.

    Ce n'est pas parce qu'une génération consomme moins à un instant donné qu'elle consommera moins toute sa vie. C'est souvent une question de timing… et de portefeuille.

    Conclusion

    La Gen Z ne redéfinit pas fondamentalement la consommation d'alcool. Elle traverse simplement une période où ses revenus sont limités, ses priorités budgétaires sont différentes, et ses arbitrages sont plus stricts.

    Et comme toujours en économie : quand le revenu monte, la consommation suit.

    Le marché, lui, n'a pas encore totalement intégré cette réalité. Et pour ceux qui savent lire entre les lignes, ce n'est pas un signal d'alerte.

    C'est un signal d'opportunité.

    Dossier Investir dans le vin

    Le socle de notre expertise. Comprendre les régions, les millésimes et les domaines qui construisent la valeur d'une cave d'investissement.

    Voir tous les articles du dossier

    Découvrir l'investissement dans le vin

    Rejoignez notre communauté d'investisseurs passionnés.